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4.1. Le logement et le voisinage dans le cadre du logement d’abord

Il existe une distinction importante entre un hébergement et un véritable chez-soi. Pour être un chez-soi, un logement doit:

  • Offrir une sécurité d’occupation juridiquement opposable, c’est-à-dire qu’un usager d’un service de logement d’abord ne doit pas se trouver dans la position de ne pas jouir de droit au logement et de pouvoir être expulsé immédiatement sans préavis et/ou avec l’usage de la force.
  • Fournir une intimité. Le logement doit être un espace privé où la personne peut choisir d’être seule, sans interférence, et où elle peut avoir des relations personnelles avec sa famille, ses amis et/ou son partenaire.
  • Être un espace dans lequel la personne qui y vit exerce un contrôle sur les personnes qui entrent dans sa maison et sur le moment où elles peuvent le faire, et dans lequel elle peut vivre de la manière qu’elle souhaite, dans le cadre des contraintes habituelles d’un bail classique ou d’un contrat de logement.
  • Être un endroit où la personne se sent en sécurité et en sûreté.
  • Être financièrement abordable, en ce sens que le loyer ne peut pas être élevé au point d’entamer la capacité de la personne à assumer d’autres frais tels que la nourriture et les factures d’énergie.
  • Comporter toutes les commodités d’un logement ordinaire, c’est-à-dire suffisamment de meubles, une cuisine, une salle de bains, l’électricité, le chauffage et la plomberie en état de marche.
  • Avoir des normes convenables en termes d’occupation, c’est-à-dire être ni surpeuplé ni en mauvais état.
  • Être un lieu à soi que l’on peut décorer et meubler comme on le souhaite et où on peut vivre sa vie comme on veut. Le logement ne doit pas être sujet aux types de règles et de règlements qui existent dans les institutions où la manière de décorer, de meubler et de vivre est imposée.

Dans la typologie européenne de l’exclusion liée au logement (ETHOS), on identifie des domaines physiques, sociaux et juridiques dans la définition d’un chez-soi. Le domaine physique est axé sur le fait d’avoir son propre espace de vie, c’est-à-dire sur le fait d’avoir sa propre entrée vers son propre chez soi, sous son contrôle exclusif. Le domaine social fait référence au fait d’avoir l’espace et l’intimité d’être « chez soi ». Le domaine juridique fait écho à la définition internationale du droit au logement, à la sécurité de résidence avec des protections juridiques (voir le chapitre 2)((Typologie européenne de l’exclusion liée au lodgement http://housingfirstguide.eu/website/wp-content/uploads/2016/06/FR-ETHOS.pdf)).

La localisation du logement est importante. Les services de logement d’abord n’ont toutefois pas les ressources leur permettant de choisir n’importe quel quartier dans une ville ou dans une municipalité. À certains endroits, comme les grandes villes européennes, il faut souvent trouver un compromis entre ce qu’il est possible de payer pour un usager et ce que serait un chez-soi « idéal ».

Il est important, dans la mesure du possible, d’éviter les zones où le taux de criminalité est élevé, où les nuisances sont fréquentes, où il y a peu de cohésion sociale/de capital social, où il y a peu ou pas de « vie sociale » au sens positif du terme et où l’usager est susceptible d’être harcelé, persécuté ou risque continuellement d’être victime de délits. Il est clairement démontré qu’une mauvaise localisation peut empêcher ou entraver le rétablissement que l’on cherche à promouvoir par le logement d’abord((Pleace, N. avec Wallace, A. (2011) Demonstrating the Effectiveness of Housing Support Services for People with Mental Health Problems: A Review London: National Housing Federation.)). De façon plus générale, il convient d’éviter les lieux physiquement déplaisants et qui ne permettent pas d’accéder aux commodités nécessaires et souhaitables, par exemple,  un magasin de quartier pratiquant des prix abordables, des transports publics et des espaces verts agréables. Trouver le bon quartier peut être déterminant pour la bonne santé, le bien-être et l’intégration sociale((Bevan, M. et Croucher, K. (2011) Lifetime Neighbourhoods, London: DCLG https://www.york.ac.uk/media/chp/documents/2011/lifetimeneighbourhoods.pdf)) et peut influencer de manière positive le rétablissement des usagers.

Certains usagers peuvent souhaiter s’éloigner des lieux où ils ont vécu lorsqu’ils étaient sans-abri. C’est sans doute en partie dû au fait qu’ils veulent éviter les pressions négatives de leurs anciennes connaissances. Pour certains usagers, notamment des femmes qui ont été victimes de violence conjugale, il importe de ne pas habiter dans certains quartiers pour des raisons de sécurité personnelle. Idéalement, le logement ne doit pas être situé dans un quartier que l’usager souhaite éviter.

Un chez-soi adéquat doit se trouver dans un quartier adéquat. Pour améliorer les chances que la personne se maintienne dans son logement, il convient d’éviter les quartiers présentant des problèmes sociaux et des infrastructures médiocres.